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Merlin chat conteur

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Contes, récits et autres petites et grandes histoires


La légende du pont de Saint Cado... à Saint-Cado !

Publié par Viviane Caroline S sur 16 Janvier 2022, 21:12pm

Catégories : #Bretagne, #Morbihan, #Légende, #Histoire, #Chat, #Peinture, #Tradition

Le pont de Saint Cado - Photo de Serge Jolivel Photographe

Le pont de Saint Cado - Photo de Serge Jolivel Photographe

La procession de Saint Cado, par Désiré Lucas (1869-1949)

 

On peut situer la venue de Saint Cado en Armorique au alentours du début du VIème siècle.  

Venu du Pays de Galles, c'est sur cette petite île de la ria d'Étel qu'en moine ermite il établit un oratoire.  D'une superficie de deux kilomètres carré, à seulement deux mètres au-dessus du niveau de la mer à marée haute, l'île qui porte aujourd'hui le nom de son saint fondateur est reliée au continent par un pont-digue de cent mètres de long.

Cela c'est pour la réalité historique.  Mais que serait la saveur d'un terroir sans un peu  de contes et légendes pour en enluminer son histoire...  et surtout lorsque le diable y trouve sa part !

 

 

Un premier récit, sans rapport avec le pont du diable, nous dit que l'île était infestée de serpents et que Saint Cado l'en débarrassa par ses prières, et même que depuis ce temps, on n'en trouve plus aucun, même jusqu'au-delà des frontières de l'île.  Ce qui classe donc Saint Cado parmi les saints sauroctones (littéralement "tueurs de lézards").

C'est ce que nous rapport l'hagiographe breton Albert Le Grand, lequel était un frère dominicain morlaisien du 17ème siècle.  Il décrit ce passage relatif aux serpents et à l'intervention de Cado sur place en ces termes :

" (...)  « en une petite isle qu'on nomme à présent Enes-Cadvod, en la paroisse de Belz, laquelle isle estoit remplie de serpents (...) "

 

 

Mais venons-en au diable, qui, dans les légendes de pays, a souvent la part belle tant pour détruire que construire en échange d'une contrepartie dont il pense qu'elle sera à son avantage... Mais la morale veut que ce soit lui qui à la fin reparte piteux face au bien qui triomphe !

Voici donc ce que relate la légende quant à l'origine de ce pont qui, en une nuit seulement fut construit par le diable...

 

La légende

Après avoir accosté sur notre sol breton dans une barque de pierre, Saint Cado avait construit sur l'île un petit oratoire et s'était mis à l'oeuvre pour évangéliser la région.

Mais les allées et venues étaient lentes et malaisées car il fallait se plier au rythme des marées pour accéder à l'île ou pour en sortir.  Et il n'était pas rare que les fidèles, de plus en plus nombreux à se rendre à l'oratoire, chavirent sur les barques instables prises dans les courants dangereux...

Aussi, depuis un bon moment, Cado avait en tête de construire un pont qui permette la traversée à sec.  Mais le moine, hélas, était aussi pauvre qu'opiniâtre à vouloir concrétiser son idée. 

Ayant eu vent de son projet, le diable vint un beau jour lui rendre visite pour lui proposer ses bons offices… et en échange d'une contrepartie, on s'en doute !

 

"En une nuit, ton pont sera construit, mais en échange tu devras me céder l'âme du premier être vivant qui le traversera"

 

C'est le marché qu'il proposa au moine.  Et Cado accepta…

Ravi de la transaction, le diable alla requérir l'aide de sa génitrice qui vint à la rescousse de son fils pour tenir le délai.  Et aux premières lueurs du jour, l'oeuvre était en effet déjà terminée.  Il ne manquait qu'un dernier chargement de pierres pour parachever les travaux, lequel était en chemin conduit par la mère du diable.

Impatient, et alors que sa mère s'approchait, le diable s'était déjà mis à guetter pour se saisir du premier passant sur la chaussée de pierre.  C'est alors que Saint Cado lui-même s'approcha en face, à l'autre extrémité du pont. Fort réjoui des perspectives qui s'offraient, le diable jubilait car… dame ! une âme de religieux promise aux enfers est une âme de premier choix ! Mais au dernier moment, au lieu de s'engager sur la chaussée, c'est un chat que Saint Cado fit passer à sa place.

Furieux d'avoir été ainsi dupé, le diable voulut dans l'instant détruire son oeuvre.  Mais Saint Cado s'interposa.  Et comme il avait eu le temps de bénir le lieu, le diable ne put parvenir à anéantir ce qu'il avait bâti.  Mais il commanda à sa mère de se débarrasser dans l'eau des derniers blocs de pierre attendus.  On peut les voir encore aujourd'hui : ce sont les rochers et îlots qui parsèment la ria d'Étel au niveau de ce qui est aujourd'hui le "Pont-Lorois".  Celui-ci est un pont de plus grande envergure qui permet d'enjamber la ria pour passer d'une rive à l'autre, ce qui ne pouvait autrefois se concevoir qu'à l'aide des passeurs.  Du pont suspendu, on y voit deux gros rochers qui forment un étranglement dans la rivière.

On dit que dans la lutte qui opposa le diable au moine, ce dernier perdit à un moment l'équilibre et qu'il glissa.  Un rocher que l'on appelle "la glissade de Saint Cado" en conserva l'empreinte, et durant longtemps ceux qui passaient devant ne l'auraient dépassé sans s'incliner devant la marque, avant qu'une croix fut érigée à cet emplacement. 

 

L'histoire ne nous dit pas ce qu'il en fut de l'âme du chat... Mais on peut bien être tranquille pour lui... car les chats n'ont rien à faire avec nos histoires de diableries qui n'existent que pour ceux qui y croient !

En tout cas, ce qu'il y a de bien réel, c'est que sur les chapelles de Bretagne dédiées à Saint Cado, il y a toujours un chat !

 

Chat en pierre sur une autre chapelle dédiée, celle de Saint Cado du Reclus à Auray

 

Si on trouve diverses variantes de ce récit dans d'autres régions, voici en tout cas celui de la construction du pont de Saint Cado.  Il mène aujourd'hui dans ce petit village qu'est l'île et qui fut jusqu'il y a peu un des lieux de vie exclusifs des pêcheurs de la ria d'Étel.  Longtemps ils vécurent ainsi tout à côté du calvaire qui fait face à la petite chapelle du XIIème siècle de style roman dédiée à leur saint.  Avec tout à côté en contrebas, baignée deux fois le jour par la marée montante, une touchante fontaine de dévotion du XVIIème siècle surmontée d'une croix celtique. 

La chapelle est classée et à l'intérieur on y trouve "le lit de Saint Cado" qui est réputé guérir les sourds : on pose la tête du côté de l'oreille malade dans l'espace creux du lit de pierre... ce faisant, on peut entendre la mer, et si on l'entend… c'est la foi qui sauve.

 

"Lit de Saint Cado" dans la chapelle de l'île

 

 

✒ Et pour ce qui perdure ici comme partout en Bretagne : l'île de Saint-Cado voit chaque année se dérouler son Pardon.

 

🔎 À la fois pèlerinage et procession, comme pour cette dernière, lors d'un Pardon les bannières et la statue du saint à l'honneur sont de sortie.  En cortège, les fidèles se rendent à une date ou période déterminée vers le lieu de culte ou de dévotion où une messe est dite en plein air.  Pour tout Pardon breton les traditions restent de mise, avec cette valeur ajoutée qu'est le vrai partage… Bénédiction des humains et des animaux, prières, et après la messe et la partie solennelle, moments de convivialité entre habitants qui célèbrent l'événement en musique aussi et souvent en danses de pays.

 

Pardon à la chapelle de l'île de Saint-Cado à Belz, par R. Cériés (non certifié, car artiste non répertorié)

✒ Au dos de cette peinture, on peut lire cette inscription émouvante sur le chassis : "souvenir de nos noces d'argent par René".  Ce René est peut-être l'auteur de la toile, car l'initiale du prénom de l'auteur, très lisible, commence par "R"

 

Pour Saint Cado en particulier, le Pardon a lieu tous les troisièmes dimanches de septembre.  Ce jour-là les habitants de la petite île voient se dérouler sur leur sol cette fervente manifestation de piété.  Et pour l'occasion, la chapelle est pimpante !  On bénit la mer, on fait la prière pour les marins disparus en mer, on mange, on boit, gâteaux et "coups de cidre" indissociables de la fête !

 

— Viviane Caroline S, le 16 janvier 2022

 

 

• Photo de couverture : Serge Jolivel Photographe

https://www.facebook.com/Serge-Jolivel-Photographe-1664981680467654

 

 

🔎 Un peu plus sur Saint Cado : 

Le nom du saint peut se décliner sous d'autres formes, dont Cadou, Cadoc, Catuod, Catoc, Cadochus, Catuog...

Ce prénom serait issu du mot gallois cat signifiant "combat" ce qui explique peut-être qu'outre son combat avec le diable, il soit devenu le saint patron des lutteurs.

Pour tenter de préciser sa biographie, on peut dire qu'il serait fils de roi, né en 522  dans un ancien royaume du sud-est du Pays de Galles. Mais qu'il préféra la vie monastique au destin de futur roi. 

On peut aussi supposer que c'est pour fuir les persécutions saxonnes quil vint se réfugier en Bretagne.

 

La chapelle de Saint-Cado à Belz, par Yvonne Jean-Haffen (1895-1993)

 

Photo d'une représentation du pont de Saint Cado - Avec l'aimable autorisation de Nicole et Michel S.

Photo d'une représentation du pont de Saint Cado - Avec l'aimable autorisation de Nicole et Michel S.

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